Définition légale
Le commissionnaire de transport est défini par les articles L.132-1 à L.132-8 du Code de commerce français comme la personne qui organise pour son propre compte et en son propre nom, sous sa responsabilité personnelle, le déplacement des marchandises. Cette définition est fondamentale : le commissionnaire n'agit pas au nom de son client, mais en son propre nom. Il s'engage personnellement vis-à-vis des tiers (transporteurs, sous-traitants).
Distinction avec les autres intermédiaires du transport
| Intermédiaire | Agit en son nom | Responsabilité | Inscription obligatoire |
|---|---|---|---|
| Commissionnaire de transport | Oui (propre nom) | Personnelle — garant de l'exécution | Registre des commissionnaires |
| Transitaire (mandataire) | Non (nom du mandant) | Faute prouvée seulement | Non obligatoire (mandataire) |
| Transporteur | Oui | Perte/avarie/retard — obligation de résultat | Registre transporteurs (LOCA) |
| Acheteur-revendeur | Oui | Devient propriétaire de la marchandise | Non spécifique |
| Mandataire simple | Non (nom mandant) | Faute de gestion uniquement | Non obligatoire |
Responsabilité du commissionnaire — Principe de substitution
La règle fondamentale en droit français est que le commissionnaire de transport se substitue aux transporteurs qu'il emploie. Même s'il sous-traite l'exécution physique du transport à un ou plusieurs transporteurs, il reste personnellement responsable vis-à-vis de son client (le commettant) comme s'il avait lui-même réalisé l'opération.
Cette responsabilité de substitution signifie que :
- En cas de perte, avarie ou retard, le commettant se retourne contre le commissionnaire, non contre le transporteur sous-traitant
- Le commissionnaire a ensuite un recours contre le transporteur défaillant
- Le commissionnaire ne peut pas opposer à son client les clauses limitatives du contrat de sous-traitance
Agrément et conditions d'accès à la profession
L'exercice de la profession de commissionnaire de transport est réglementé. Les conditions d'accès (en France, référence utilisée pour l'examen) sont :
- Capacité professionnelle : Obtention d'une attestation de capacité après réussite à l'examen organisé par le Ministère chargé des transports (arrêté du 21 décembre 2015) — épreuve QCM + épreuve rédigée
- Honorabilité professionnelle : Absence de condamnations pénales pour certaines infractions (fraude, escroquerie, abus de confiance, etc.) dans les 5 dernières années
- Capacité financière : Garantie financière minimale de 50 000 € (justifiée par un bilan ou une caution bancaire)
- Inscription : Au Registre National des Entreprises (RNE) avec mention de l'activité de commissionnaire de transport
Obligations légales du commissionnaire
- Établir un contrat de commission écrit avec le commettant (lettre de commission, ordre de transport)
- Délivrer un document de transport à son client (récépissé de prise en charge, bon de transport)
- Rendre compte au commettant de l'exécution de la mission
- Agir dans l'intérêt du commettant (devoir de conseil, choix du meilleur acheminement)
- Conserver la marchandise avec diligence
- Exercer un droit de rétention sur les marchandises pour garantir le paiement de ses créances
Formation du contrat de commission de transport
Le contrat de commission de transport se forme selon les conditions générales du droit des contrats (art. 1128 C.civ.) :
- Consentement : accord de volontés entre le commettant (donneur d'ordre) et le commissionnaire, libre de tout vice (erreur, dol, violence)
- Capacité : les deux parties doivent être capables de contracter (personnes morales ou physiques majeures)
- Contenu licite et certain : l'objet du contrat (transport de marchandises) doit être déterminé et légal
En pratique, le contrat est formé par l'émission d'un ordre de transport (email, bon de commande, téléphone confirmé) et son acceptation par le commissionnaire. Les conditions générales de vente (CGV) du commissionnaire, si acceptées, font partie intégrante du contrat.
Obligation de résultat vs obligation de moyens
| Obligation | Définition | Qui en répond ? | Exemple |
|---|---|---|---|
| Obligation de résultat | Le débiteur garantit l'obtention d'un résultat précis. Sa responsabilité est engagée si le résultat n'est pas atteint, sauf cas de force majeure. | Le commissionnaire de transport : garantit l'arrivée de la marchandise à destination dans les conditions convenues | Livraison de la marchandise dans les délais, en bon état |
| Obligation de moyens | Le débiteur s'engage à mettre en œuvre tous les moyens nécessaires pour atteindre un résultat, sans le garantir. Sa responsabilité n'est engagée qu'en cas de faute prouvée. | Le transitaire-mandataire, le courtier en transport | Le commissionnaire s'engage à choisir un bon transporteur, mais ne garantit pas le résultat |
Sous-traitance et responsabilité
Le commissionnaire peut sous-traiter l'exécution physique du transport à un ou plusieurs transporteurs. La sous-traitance est l'acte par lequel le commissionnaire confie à un tiers (le sous-traitant) l'exécution d'une partie ou de la totalité du transport.
Règles de la sous-traitance dans le transport routier (article L.3224-1 Code des transports) :
- Le commissionnaire reste personnellement responsable vis-à-vis de son commettant même s'il sous-traite
- Les transporteurs non inscrits au registre des commissionnaires peuvent avoir recours à la sous-traitance dans la limite de 15% de leur chiffre d'affaires annuel transport routier
- Au-delà de 15%, l'inscription au registre des commissionnaires est obligatoire
- Exception : les opérateurs de transport combiné peuvent recourir à la sous-traitance pour les parcours initiaux et terminaux
Clauses de non-responsabilité — validité limitée
Le commissionnaire peut tenter d'insérer des clauses limitant ou exonérant sa responsabilité dans ses conditions générales. Cependant, la loi et la jurisprudence en limitent strictement la portée :
- Nullité absolue pour les clauses exonératoires en cas de faute lourde (négligence grave) ou de faute dolosive (intention frauduleuse) — art. 1231-3 C.civ.
- Les clauses ne peuvent pas supprimer totalement l'obligation de résultat du commissionnaire
- Elles peuvent en revanche plafonner l'indemnisation (ex : plafond au poids de la marchandise)
- En transport international, les conventions (CMR, Varsovie, etc.) prévoient leurs propres plafonds d'indemnisation
Délais de prescription
| Régime | Délai | Point de départ | Interruption |
|---|---|---|---|
| Droit français (transport national) | 1 an | Lendemain du jour de remise ou de la date prévue de remise | LRAR adressée au transporteur ou au commissionnaire |
| CMR internationale | 1 an (3 ans en cas de dol) | Livraison effective ou date prévue | Déclaration écrite de réclamation adressée au transporteur |
| Transport aérien (Convention Montréal) | 2 ans | Date d'arrivée ou date prévue d'arrivée | Acte judiciaire |
| Transport maritime (Règles de La Haye-Visby) | 1 an | Date de livraison ou date prévue | Assignation judiciaire |
Droit de rétention du commissionnaire
Le commissionnaire bénéficie d'un droit de rétention général sur les marchandises qui se trouvent en sa possession pour garantir le paiement de toutes ses créances contre le commettant (pas uniquement celles relatives à l'opération en cours). Ce droit lui permet de refuser de livrer les marchandises tant qu'il n'est pas payé. Il peut également, dans certains cas, se faire attribuer la marchandise en paiement de sa créance (pacte commissoire).
La Lettre de Voiture Nationale (LVN)
La lettre de voiture nationale est le document contractuel du transport routier intérieur de marchandises. Elle matérialise le contrat de transport entre l'expéditeur et le transporteur (ou le commissionnaire).
Mentions obligatoires (décret du 6 avril 1999) :
- Nom et adresse de l'expéditeur et du destinataire
- Lieu et date de prise en charge, lieu de livraison
- Description de la marchandise (nature, poids brut, nombre de colis, marques et numéros)
- Mentions particulières pour les marchandises dangereuses (ADR)
- Prix et conditions de transport (port payé ou dû)
- Identité et signature du transporteur
Rôle des réserves : Le destinataire doit émettre des réserves précises et motivées lors de la livraison pour les avaries apparentes. Pour les avaries non apparentes, il dispose de 3 jours (hors dimanches et jours fériés) pour confirmer ses réserves par LRAR. Sans réserves, la marchandise est présumée avoir été livrée conformément au contrat.
La CMR internationale (Convention de Genève — 19 mai 1956)
La Convention relative au contrat de transport international de marchandises par route (CMR) s'applique obligatoirement à tout transport routier international entre deux États dont l'un au moins est signataire, lorsque le lieu de prise en charge et le lieu de livraison sont situés dans deux pays différents.
Caractéristiques de la CMR :
- 3 exemplaires originaux : pour l'expéditeur (rouge), accompagne la marchandise (bleu, pour le destinataire), conservé par le transporteur (vert)
- Mentions obligatoires (art. 6 CMR) : date et lieu d'établissement, noms/adresses expéditeur/destinataire/transporteur, lieu et date de prise en charge, lieu de livraison, description marchandise, frais de transport
- La CMR vaut présomption de contrat de transport et reçu de marchandises
- Réserves pour dommages non apparents : 7 jours après livraison (hors dimanches et jours fériés)
- Prescription : 1 an (3 ans en cas de dol)
La Lettre de Transport Aérien (LTA / AWB)
L'Air Waybill (AWB) est le document de transport aérien. Émise par la compagnie aérienne ou son agent agréé IATA, elle constate le contrat de transport aérien et la prise en charge de la marchandise.
Caractéristiques :
- Document non négociable (contrairement au connaissement maritime) : ne constitue pas un titre de propriété
- 3 originaux : pour la compagnie aérienne (numéro 1 — vert), pour le destinataire (numéro 2 — rose), accompagne la marchandise (numéro 3 — bleu)
- Numérotation IATA : code compagnie (3 chiffres) + numéro de série (8 chiffres) — ex : 057-12345678 pour Air France
- La Master AWB (MAWB) est émise par la compagnie ; la House AWB (HAWB) est émise par le commissionnaire (consolideur) pour chaque expéditeur individuel
Le Connaissement Maritime (Bill of Lading — B/L)
Le connaissement maritime est un document fondamental du commerce international. Il remplit trois fonctions cumulatives :
- Reçu de marchandises : atteste que le transporteur maritime a pris en charge la marchandise décrite
- Contrat de transport : matérialise les conditions du transport maritime convenues
- Titre représentatif de la marchandise : celui qui détient l'original du connaissement peut prendre livraison de la marchandise — le B/L est négociable
| Type de B/L | Description | Usage |
|---|---|---|
| Clean B/L (net) | Aucune réserve sur l'état des marchandises à l'embarquement | Exigé par les banques pour les lettres de crédit |
| Dirty/Foul B/L (avec réserves) | Réserves émises par le commandant sur l'état ou l'emballage | Problématique pour les paiements documentaires |
| Straight B/L (nominatif) | Établi au nom d'un destinataire précis, non négociable | Expéditions intragroupes, confiance totale |
| Order B/L (à ordre) | À l'ordre d'une banque ou du chargeur, endossable | Commerce international avec crédit documentaire |
| Sea Waybill (LMM) | Non négociable, le destinataire peut enlever sans présentation de l'original | Flux réguliers, filiales |
Autres documents de transport importants
| Document | Mode | Fonction principale |
|---|---|---|
| Packing List (Liste de colisage) | Tous modes | Détail du contenu par colis : nature, poids brut/net, dimensions |
| Instructions d'expédition (Shipping Instructions) | Tous modes | Transmises par l'expéditeur au commissionnaire pour l'organisation du transport |
| Certificat phytosanitaire | Tous modes | Attestation sanitaire pour produits végétaux — délivré par DRAAF/DGAL |
| Certificat vétérinaire | Tous modes | Attestation sanitaire pour produits animaux |
| EUR.1 / Form A | Tous modes | Certificat d'origine préférentiel pour réduction des droits de douane |
| Carnet TIR | Routier | Transit international routier sous couvert d'une garantie bancaire internationale |
| Carnet ATA | Tous modes | Admission temporaire pour matériels professionnels, foires, expositions |
Définition et objectif des Incoterms
Les Incoterms (International Commercial Terms) sont des règles publiées par la Chambre de Commerce Internationale (CCI) qui définissent les obligations des vendeurs et acheteurs dans les transactions commerciales internationales. Ils précisent :
- Le point de transfert des risques (qui supporte les pertes et dommages sur la marchandise)
- La répartition des frais logistiques entre vendeur et acheteur
- Les obligations documentaires de chaque partie
- La partie responsable des formalités douanières (export et import)
Tableau complet des 11 Incoterms 2020
| Incoterm | Signification | Transfert du risque | Frais vendeur | Dédouanement export | Dédouanement import | Mode |
|---|---|---|---|---|---|---|
| EXW | Ex Works (à l'usine) | Dès mise à disposition chez le vendeur | Mise à disposition seulement | Acheteur | Acheteur | Tous |
| FCA | Free Carrier (franco transporteur) | Remise au transporteur désigné | Jusqu'à la remise au transporteur | Vendeur | Acheteur | Tous |
| FAS | Free Alongside Ship (franco le long du navire) | Quand la marchandise est à quai, le long du navire | Jusqu'au quai d'embarquement | Vendeur | Acheteur | Maritime uniquement |
| FOB | Free On Board (franco à bord) | Dès que la marchandise est à bord du navire | Chargement à bord inclus | Vendeur | Acheteur | Maritime uniquement |
| CFR | Cost and Freight (coût et fret) | Quand la marchandise est à bord du navire | Transport maritime jusqu'au port de destination | Vendeur | Acheteur | Maritime uniquement |
| CIF | Cost, Insurance and Freight | Quand la marchandise est à bord du navire | Transport + assurance minimale (ICC-C) jusqu'au port de dest. | Vendeur | Acheteur | Maritime uniquement |
| CPT | Carriage Paid To (port payé jusqu'à) | Remise au premier transporteur | Transport jusqu'au lieu de destination convenu | Vendeur | Acheteur | Tous |
| CIP | Carriage and Insurance Paid To | Remise au premier transporteur | Transport + assurance tout risque (ICC-A) jusqu'à destination | Vendeur | Acheteur | Tous |
| DAP | Delivered At Place (rendu au lieu de destination) | À la disposition de l'acheteur sur le moyen de transport, non déchargé | Transport complet jusqu'au lieu de destination, non dédouané import | Vendeur | Acheteur | Tous |
| DPU | Delivered at Place Unloaded (rendu au lieu déchargé) | Après déchargement au lieu convenu | Transport + déchargement, non dédouané import | Vendeur | Acheteur | Tous |
| DDP | Delivered Duty Paid (rendu droits acquittés) | À disposition de l'acheteur, dédouané et déchargé non obligatoire | Tous frais, y compris droits de douane import et TVA | Vendeur | Vendeur | Tous |
Erreurs fréquentes et pièges à éviter
Choix de l'Incoterm selon la situation
| Situation | Incoterm recommandé | Raison |
|---|---|---|
| Vendeur veut maîtriser le transport maritime | CIF ou CFR | Vendeur paie le fret et choisit le transporteur |
| Acheteur veut maîtriser le transport (lettre de crédit) | FCA ou FOB | Acheteur choisit et paie son propre transporteur |
| Livraison chez le client clés en main | DDP | Vendeur supporte tous les risques et frais jusqu'à destination |
| Transport multimodal ou aérien | FCA, CPT ou CIP | FOB/CFR/CIF inadaptés aux modes non maritimes |
| Marchandise de grande valeur | CIP | Assurance tout risque ICC-A incluse |
Transport routier
Le transport routier est le mode dominant en Europe et en Afrique de l'Ouest pour les marchandises terrestres. Il se caractérise par sa flexibilité (porte-à-porte) et sa large disponibilité.
| Type | Définition | Avantages | Inconvénients |
|---|---|---|---|
| FTL (Full Truck Load) | Chargement complet — le camion est loué pour un seul chargeur | Délai court, sécurité, pas de rupture de charge | Coût élevé pour les petits volumes |
| LTL (Less than Truck Load) / Groupage | Palettes ou colis regroupés avec d'autres chargeurs | Coût réduit pour les petits envois | Délai plus long (plusieurs chargements/déchargements), risque d'avarie |
| Messagerie express | Colis de moins de 30 kg livrés en 24-48h (DHL, FedEx, Chronopost) | Délai très court, traçabilité temps réel | Tarif élevé au kg |
| Transport réfrigéré (ATP) | Véhicule isotherme agréé pour le transport sous température dirigée | Maintien de la chaîne du froid | Coût supplémentaire, réglementation ATP stricte |
Transport ferroviaire
Le transport ferroviaire est adapté aux marchandises lourdes et volumineuses sur de longues distances. Il offre un bilan carbone bien meilleur que le routier (7 fois moins de CO2).
- Wagon complet : équivalent du FTL routier — SNCF Fret, DB Cargo, Trenitalia Cargo
- Wagons spécialisés : plats (conteneurs), citernes (liquides), trémies (vrac), réfrigérés, porte-voitures
- Document : lettre de voiture ferroviaire (CIM — Convention Internationale concernant le transport des Marchandises par chemin de fer)
- Limite : réseau non disponible partout, dépendant des terminaux rail-route
Transport maritime
Le transport maritime est le mode dominant dans le commerce international (80% des volumes mondiaux). Il permet le transport de très grandes quantités à des coûts relativement bas.
| Type maritime | Description | Marchandises typiques |
|---|---|---|
| Conteneurisé (liner) | Conteneurs standards 20' (TEU) et 40', lignes régulières | Produits manufacturés, équipements, denrées emballées |
| RoRo (Roll on/Roll off) | Véhicules roulants, remorques non accompagnées | Voitures, camions, engins de chantier |
| Vrac sec (bulk) | Marchandises non emballées en vrac | Céréales, minerais, phosphates, charbon |
| Vrac liquide (tanker) | Navires citernes | Hydrocarbures, produits chimiques, huiles végétales |
| Conventionnel (break-bulk) | Marchandises hors gabarit ou non conteneurisables | Pièces industrielles lourdes, bois, matériaux de construction |
• FCL (Full Container Load) : conteneur complet pour un seul chargeur
• LCL (Less than Container Load) : groupage maritime — plusieurs expéditeurs dans un même conteneur
• CFS (Container Freight Station) : entrepôt de groupage/dégroupage des conteneurs LCL
• CY (Container Yard) : parc à conteneurs FCL au port
• Freight collect : fret payable à destination / Freight prepaid : fret payé à l'origine
Transport aérien
Le transport aérien est le mode le plus rapide mais aussi le plus coûteux. Il est utilisé pour les marchandises à haute valeur, urgentes, ou périssables (fleurs, produits frais, médicaments).
- IATA (International Air Transport Association) : organisation internationale qui régit le transport aérien, publie la réglementation DGR (Dangerous Goods Regulations), accrédite les agents de fret aérien
- AWB (Air Waybill) : document de transport aérien, non négociable (voir chapitre 3)
- Unités de chargement (ULD — Unit Load Devices) : palettes et conteneurs aériens standards (LD3, LD9, LD11, P1P, P6P) adaptés aux soutes des aéronefs
- Poids taxable : le plus élevé entre poids réel et poids volumétrique — formule : L × l × h (cm) / 6 000 = poids volumétrique en kg
- Handling agents : sociétés d'assistance aéroportuaire chargées du traitement au sol (chargement/déchargement, palettisation, sécurité)
Transport multimodal
Le transport multimodal utilise au moins deux modes de transport différents sous couvert d'un document de transport unique émis par un Opérateur de Transport Multimodal (OTM).
| Mode | Coût relatif | Délai | Capacité max | CO2 relatif | Documents |
|---|---|---|---|---|---|
| Routier | Moyen-élevé | Court-moyen | 25 tonnes utiles | Élevé | LVN / CMR |
| Ferroviaire | Moyen | Moyen | 1 000-2 000 T | Très faible | Lettre de voiture CIM |
| Maritime | Très faible | Long | Illimitée (navires 20 000 EVP) | Faible | Connaissement (B/L) |
| Aérien | Très élevé | Très court | Quelques tonnes | Très élevé | LTA (AWB) |
| Fluvial | Faible | Moyen-long | 500-3 000 T | Très faible | Lettre de voiture fluviale |
Convention collective nationale des transports routiers (CCNTR)
La Convention Collective Nationale des Transports Routiers et Activités Auxiliaires du Transport (CCNTR) du 21 décembre 1950 s'applique à toutes les entreprises de transport routier de marchandises (TRM) françaises. Elle définit :
- Les classifications professionnelles des conducteurs et du personnel non-roulant (groupes 2 à 10)
- Les salaires minima par groupe et catégorie
- Les indemnités de déplacement (repas, hébergement) selon les zones géographiques
- Les durées du travail spécifiques à la profession
Durée du travail spécifique dans le transport
La directive européenne 2002/15/CE du 11 mars 2002 relative à l'aménagement du temps de travail des personnes effectuant des activités mobiles de transport routier s'applique aux conducteurs salariés des entreprises de transport routier.
| Règle | Limite | Texte de référence |
|---|---|---|
| Durée de conduite journalière | 9 heures (extensible à 10h max 2 fois/semaine) | Règlement CE 561/2006 |
| Durée de conduite hebdomadaire | 56 heures maximum | Règlement CE 561/2006 |
| Durée de conduite bihebdomadaire | 90 heures sur 2 semaines consécutives | Règlement CE 561/2006 |
| Pause obligatoire | 45 min après 4h30 de conduite (divisible : 15 min + 30 min) | Règlement CE 561/2006 |
| Repos journalier | 11h minimum (réductible à 9h max 3 fois/semaine) | Règlement CE 561/2006 |
| Repos hebdomadaire régulier | 45h (réductible à 24h — compensation dans les 3 semaines) | Règlement CE 561/2006 |
| Semaine de travail maximale | 60h (moyenne 48h sur 4 mois) | Directive 2002/15/CE |
Cabotage routier
Le cabotage routier désigne les transports effectués par un transporteur étranger (non résident) à l'intérieur d'un autre pays de l'UE, après avoir effectué un transport international.
Règles en vigueur (règlement CE 1072/2009 modifié par le paquet mobilité 2020) :
- Maximum 3 opérations de cabotage dans les 7 jours suivant le déchargement du transport international
- Après 7 jours de cabotage, le véhicule doit impérativement repartir dans son pays d'établissement pendant au moins 4 jours avant de pouvoir effectuer du nouveau cabotage dans ce pays (règle de refroidissement introduite par le paquet mobilité)
- Pendant le cabotage, la réglementation sociale du pays d'accueil s'applique dès la 1ère opération (directive détachement)
Détachement de conducteurs
Un conducteur est dit "détaché" lorsqu'il travaille temporairement dans un État membre autre que celui dans lequel il travaille habituellement.
- Formulaire A1 (ex-E101) : atteste que le conducteur est couvert par le régime de sécurité sociale de son pays d'origine — délivré par l'organisme de sécurité sociale, doit être présenté à tout contrôle
- Le conducteur détaché doit percevoir au minimum le salaire minimum du pays d'accueil
- Documents à bord obligatoires : contrat de travail ou extrait, fiches de paie des 6 derniers mois, déclaration préalable de détachement
Heures supplémentaires et repos compensateurs
- Heures supplémentaires : bonification de 25% pour les heures au-delà de 35h/semaine jusqu'à la 43ème heure, 50% au-delà
- Contingent annuel d'heures supplémentaires : 220h/an (CCNTR)
- Au-delà du contingent : repos compensateur obligatoire
- Travail du dimanche : indemnité forfaitaire fixée par la CCNTR + paiement normal des heures
Structure du coût de revient kilométrique
Le coût de revient kilométrique (CRK) permet au commissionnaire et au transporteur de calculer le coût réel de leurs prestations et de fixer leurs prix de vente. Il se compose de charges fixes et de charges variables.
Charges fixes (indépendantes du kilométrage)
- Amortissement du véhicule : exemple pour un camion 26T à 120 000 € amorti sur 6 ans = 20 000 €/an
- Assurances : responsabilité civile obligatoire, marchandises transportées, perte d'exploitation — environ 8 000 à 15 000 €/an selon le type de véhicule
- Impôts et taxes : vignette, taxe à l'essieu (PTAC > 12T en France), redevances diverses
- Crédit-bail ou loyer : si le véhicule est en leasing plutôt que possession
- Frais généraux : part du loyer des bureaux, assurances non-roulant, frais administratifs
Charges variables (liées au kilométrage parcouru)
- Carburant : poste le plus important (30-35% des charges) — exemple : 120 000 km × 0,35 L/km × 1,75 €/L = 73 500 €
- Pneumatiques : environ 5% des charges — 6 à 8 000 €/an selon intensité d'usage
- Entretien et réparations : vidanges, freins, filtres, pièces — 10 000 à 15 000 €/an
- Péages : variable selon les itinéraires — 10 000 à 25 000 €/an
- Lubrifiants : environ 1 000 à 2 000 €/an
Charges de personnel
- Salaire brut conducteur : variable selon la convention collective et le groupe (ex : groupe 7 SPL = environ 2 200 €/mois brut)
- Charges sociales patronales : environ 45% du salaire brut
- Indemnités de déplacement : repas, découchages — selon barème CCNTR
- Congés payés : 10% du salaire brut
- Mutuelle, prévoyance : participation patronale obligatoire
Exemple chiffré complet — Camion 26T semi-remorque bâché
Récupération de la TICPE (ex-TIPP) pour le gasoil professionnel
Les entreprises de transport routier de marchandises (TRM) peuvent récupérer une partie de la Taxe Intérieure de Consommation sur les Produits Énergétiques (TICPE) sur le gazole utilisé. Ce remboursement partiel est effectué trimestriellement sur déclaration à la DDFIP.
- Remboursement d'environ 15 à 20 centimes par litre de gazole professionnel utilisé en France
- Démarche : déclaration trimestrielle avec justificatifs des achats de carburant
- Représente un gain significatif pour les entreprises de TRM (plusieurs dizaines de milliers d'euros par véhicule)
CNR — Comité National Routier
Le CNR est un organisme public placé sous la tutelle du Ministère chargé des transports. Il publie mensuellement des indices de coûts de transport routier de référence :
- Indice gazole CNR : prix moyen du gazole professionnel observé sur le territoire français — référence pour les clauses de révision de prix gasoil
- Indices coûts complets : par type de véhicule (articulé 40T, porteur 19T, véhicule utilitaire léger) — incluent toutes les composantes de coûts
- Indice conducteurs : évolution du coût salarial dans le TRM
Tarification au groupage
Pour le transport de groupage (LTL), la tarification repose sur :
- Poids taxable : le plus élevé entre poids réel et poids volumétrique — en routier : 1 m³ = 333 kg (ou 1 palette EUR 0,33 m³)
- Taxe minimale de perception : tarif minimum facturé même pour les très petits envois
- Port payé : frais de transport à la charge de l'expéditeur
- Port dû : frais de transport payables à la livraison par le destinataire
- Franco de port : l'expéditeur paie tout jusqu'à destination (souvent inclus dans le prix de vente)
Structure de l'examen (arrêté du 21 décembre 2015)
| Épreuve | Format | Points | Durée |
|---|---|---|---|
| Épreuve 1 — QCM | 50 questions à choix multiples (4 propositions, 1 seule réponse correcte) | 100 points (2 pts/question) | 1h30 |
| Épreuve 2 — ERR (Réponses Rédigées) | Exercices pratiques : calculs, études de cas, questions de droit | 100 points | 3h00 |
| Total | Réussite si note globale ≥ 120/200 ET aucune épreuve < 40/100 | 200 points | 4h30 |
Matières évaluées et thèmes récurrents
| Matière | Thèmes fréquents au QCM | Poids estimé |
|---|---|---|
| Droit appliqué au transport | Prescription (1 an national), réserves (délais), responsabilité commissionnaire, sous-traitance (15%) | 25% |
| Gestion commerciale et financière | Coût de revient, coefficient multiplicateur, variation de stock, crédit-bail, TVA | 20% |
| Réglementation sociale | Durée conduite (9h/56h), pause (45 min / 4h30), repos journalier (11h), cabotage (3 op. / 7 jours) | 20% |
| Transport international | CMR (réserves 7j), Incoterms (FOB maritime seulement, CIF assurance minimale), AWB non négociable | 20% |
| Économie des transports / activité commissionnaire | CNR, TICPE, droit de rétention, registre des commissionnaires, RNE | 15% |
Étude de cas type n°1 — Calcul du prix de revient
Calculez : (1) Le coût de revient kilométrique brut ; (2) Le CRK net après récupération TICPE ; (3) Le prix de vente avec une marge de 28%.
Étude de cas type n°2 — Responsabilité et délais CMR
1. Le transport est international (France → Espagne) donc la Convention CMR s'applique.
2. Les avaries sont non apparentes (découvertes 10 jours après livraison).
3. Article 30 CMR : pour les avaries non apparentes, les réserves doivent être notifiées dans les 7 jours après la livraison (hors dimanches et jours fériés).
4. Livraison le 18 janvier → délai de 7 jours : le destinataire devait notifier avant le 25 janvier (en excluant dimanches 19 et 26 janvier : délai réel jusqu'au 28 janvier ouvré).
5. La notification du 2 février est HORS DÉLAI → la présomption de livraison conforme s'applique.
6. Le commissionnaire a raison de refuser : sauf à prouver que le dommage résulte d'une faute lourde du transporteur, le destinataire a perdu son recours pour non-respect du délai de réserves CMR.
Leçon : Les délais de réserves CMR sont impératifs et leur non-respect est fatal aux droits du destinataire.
Tableau récapitulatif des textes légaux essentiels
| Texte | Matière | Points clés à retenir |
|---|---|---|
| Art. L.132-1 à L.132-8 C.com. | Commissionnaire | Définition, responsabilité de substitution |
| Art. L.3224-1 Code transports | Sous-traitance | Limite 15% CA pour non-commissionnaires |
| Art. L.133-6 C.com. | Prescription | 1 an en transport national |
| Art. L.3222-4 Code transports | Clause gasoil | Révision de prix gasoil obligatoire (indice CNR) |
| Convention CMR (1956) | Transport international routier | 3 exemplaires, prescription 1 an, réserves 7 jours |
| Règlement CE 561/2006 | Temps de conduite | 9h/jour, 56h/semaine, pause 45 min / 4h30 |
| Directive 2002/15/CE | Temps de travail | 60h/semaine, moyenne 48h sur 4 mois |
| Règlement CE 1072/2009 (modifié) | Cabotage | 3 opérations en 7 jours, refroidissement 4 jours |
| Incoterms 2020 CCI | Commerce international | 11 règles, FOB maritime seulement, CIP assurance ICC-A |
Conseils méthodologiques pour l'examen
- Lire toutes les propositions avant de répondre — souvent la réponse "fausse" ressemble à la vraie
- Les chiffres clés sont systématiquement testés : 15% (sous-traitance), 1 an (prescription), 9h/56h/90h (conduite), 7 jours (réserves CMR), 45 min (pause), 3 opérations/7 jours (cabotage)
- En cas de doute, éliminer les réponses manifestement fausses puis choisir la plus précise
- Lire l'intégralité du sujet en premier (10-15 min) avant de commencer à rédiger
- Identifier les annexes et les données chiffrées — les relire attentivement
- Pour les questions de droit : citer obligatoirement le texte applicable (article, convention, règlement)
- Pour les calculs : présenter le détail du calcul, pas seulement le résultat — les points sont souvent attribués à la méthode
- Gérer son temps : 3 heures pour l'ERR — ne pas bloquer sur une question difficile