CACES R483Grutier mobile
Manuel CACES R483 — Grues Mobiles Automotrices
Formation complète CACES R483 : réglementation, catégories, constitution de la grue, diagramme de charges, stabilisation, élingage et VGP.
Grutier mobile 5h CACES R483 Grues mobiles
Chapitre 1
Réglementation et catégories R483

Du R372g au R483

La recommandation R483 de l'INRS remplace l'ancienne R372g pour les grues mobiles automotrices. Elle est en vigueur depuis le 1er janvier 2020. Le CACES R483 est valable 5 ans ; à l'issue, une nouvelle évaluation est requise pour renouveler l'habilitation. L'employeur doit délivrer une autorisation de conduite nominative basée sur le CACES valide, le suivi médical et la connaissance du site.

VGP obligatoire tous les 6 mois — Contrairement à de nombreux engins de chantier, les grues mobiles sont soumises à une Vérification Générale Périodique semestrielle (et non annuelle) par un organisme agréé. Le rapport doit être conservé dans le registre de la grue et présenté à tout contrôle.

Les 3 catégories du CACES R483

La R483 définit trois catégories correspondant à des types de grues distincts. Chaque catégorie fait l'objet d'une évaluation séparée.

CatégorieType de grueDéplacement routierPortée typiqueExemples de capacité
Cat. 1 — GMH Grue mobile automotrice sur pneus (roues) Oui, avec permis C selon tonnage 20 à 100 m 25 t à 500 t
Cat. 2 — GMC Grue mobile sur chenilles Non (transport sur porte-char) 30 à 150 m 50 t à 1 200 t
Cat. 3 Grue montée sur porteur (camion-grue) Oui, camion porteur autonome 10 à 50 m 5 t à 80 t

Catégorie 1 — GMH (Grue Mobile sur pneus)

Flèche télescopique hydraulique montée sur porteur à roues. Déplacement routier possible avec les stabilisateurs repliés. Idéale pour les chantiers urbains grâce à sa mobilité. Nécessite un sol portant et horizontal pour le levage.

Catégorie 2 — GMC (Grue Mobile sur Chenilles)

Stabilité supérieure sur terrain meuble, bourbeux ou en pente. Flèche en treillis de grande longueur possible. Le déplacement sur chenilles sans charge est limité en distance ; tout transport longue distance se fait sur porte-char. Capacités pouvant dépasser 1 000 t pour les plus grands modèles.

Catégorie 3 — Grue sur porteur

Grue compacte intégrée sur un camion porteur standard. Très maniable, idéale pour des levages ponctuels sur sites difficiles d'accès. Stabilisateurs en croix ou à simple extension. Autonomie de déplacement routière complète.

Différence R483 / R487 — Grue mobile vs Grue à tour

Le CACES R487 couvre les grues à tour (fixes, montées sur chantier). Le R483 concerne exclusivement les grues mobiles automotrices qui se déplacent par leurs propres moyens. Un grutier R487 n'est pas habilité à conduire une grue mobile R483 sans formation et évaluation spécifique.
✏️ Quiz — Chapitre 1 : Réglementation et catégories 3 questions
1 La catégorie 1 du CACES R483 concerne quel type de grue ?
A Grues sur chenilles
B Grues mobiles automotrices sur pneus (GMH)
C Grues sur porteur camion
D Grues à tour
💡 Cat. 1 = GMH (pneus) : peuvent se déplacer sur route. Cat. 2 = chenilles.
2 La VGP d'une grue mobile est obligatoire tous les ?
A 3 mois
B 6 mois
C 12 mois
D 24 mois
💡 Art. R4323-23 : VGP tous les 6 mois par expert habilité.
3 Quelle est la validité du CACES R483 ?
A 2 ans
B 3 ans
C 5 ans
D 10 ans
💡 Tous les CACES ont une validité de 5 ans avant renouvellement.
Chapitre 2
Constitution et éléments d'une grue mobile

Châssis porteur et contrepoids

Le châssis porteur supporte l'ensemble de la machine : superstructure rotative, cabine, flèche et contrepoids. Il intègre les essieux (ou chenilles), la transmission et les stabilisateurs. Le contrepoids, souvent amovible et modulable, est placé à l'arrière de la superstructure pour équilibrer le moment de renversement créé par la charge. Plus le contrepoids est important, plus les capacités de levage à grande portée augmentent. Son poids et sa configuration sont indiqués dans le diagramme de charges.

Ne jamais modifier la configuration du contrepoids sans recalculer le diagramme applicable. Une erreur de contrepoids peut entraîner un renversement même à charge nominale apparemment correcte.

Flèche principale et flèchette

La flèche télescopique (GMH, cat. 1 et 3) est composée de plusieurs tronçons coulissants actionnés hydrauliquement. Elle permet d'ajuster la longueur et donc la portée. La flèche en treillis (GMC, cat. 2) est assemblée section par section sur chantier ; plus légère à longueur égale, elle autorise de plus grandes portées. La flèchette (jib) est un prolongement fixe ou orientable monté en pointe de flèche pour augmenter la hauteur sous crochet.

Treuil de levage et câble

Le treuil enroule le câble sur un tambour entraîné par un moteur hydraulique. Le câble de levage passe dans le mouflage (plusieurs brins en V) pour démultiplier la capacité de levage tout en réduisant la vitesse. Avant chaque prise de poste, inspecter visuellement le câble sur toute sa longueur visible :

  • Fils rompus dans un toron (mise hors service si > 10 % des fils cassés sur une longueur de 8 fois le diamètre)
  • Déformation, nœud, écrasement, corrosion avancée
  • Enroulement irrégulier sur le tambour (peut provoquer une superposition dangereuse)

Système de stabilisateurs / béquilles

Les 4 stabilisateurs hydrauliques sont déployés latéralement puis descendus verticalement jusqu'au sol. Ils soulagent entièrement les pneumatiques et élargissent la base d'appui de la machine, ce qui améliore drastiquement la stabilité et les capacités de levage. Tout levage sans stabilisateurs complètement déployés et en contact avec le sol est interdit, sauf configuration "sur roues" explicitement prévue et indiquée sur le diagramme de charges du constructeur.

Tableau de bord et équipements de surveillance

  • Anémomètre : mesure la vitesse du vent en temps réel. Affichage cabine obligatoire sur grues à grande hauteur.
  • Limiteur de moment de renversement (LMR) : compare en temps réel le moment créé par la charge/portée au moment résistant maximal. Déclenche une alarme sonore et visuelle puis bloque les mouvements aggravants si le seuil est dépassé (généralement 90 % de la CMU).
  • Indicateur d'angle de flèche : affiche l'angle de la flèche par rapport à l'horizontale. Indispensable pour lire correctement le diagramme de charges.
  • Indicateur de longueur de flèche (grues télescopiques) : longueur actuelle des tronçons déployés.
  • Niveau à bulle : indique le dévers de la machine. La grue doit être parfaitement de niveau avant tout levage.

Cabine et poste de conduite

Sur les GMH (cat. 1), la cabine principale est celle du châssis porteur (conduite routière) ; une seconde cabine de levage, parfois orientable, est montée sur la superstructure. Sur les GMC (cat. 2), un simple poste de conduite avec arceau de protection est souvent fixé sur la superstructure.

Crochets et systèmes d'élingage

Le crochet est équipé d'un linguet de sécurité anti-décrochage obligatoire. Sa CMU est marquée et ne doit jamais être dépassée. Les accessoires d'élingage (élingues, manilles, palonniers) sont certifiés CE ; leur CMU est toujours vérifiée avant utilisation.

✏️ Quiz — Chapitre 2 : Constitution 3 questions
1 Le contrepoids d'une grue mobile sert à ?
A Freiner l'engin
B Équilibrer le moment dû à la charge et à la flèche
C Stabiliser les roues
D Réduire la pression au sol
💡 Sans contrepoids adéquat, la grue basculerait sous le poids de la charge.
2 Le LMR (Limiteur de Moment de Renversement) arrête automatiquement la grue si ?
A La vitesse de rotation dépasse 5 tours/min
B Le moment de charge approche le moment de renversement
C La batterie est faible
D Le vent dépasse 50 km/h
💡 Le LMR est une sécurité anti-renversement obligatoire sur toutes les grues modernes.
3 Avant tout levage, combien de stabilisateurs doivent être déployés ?
A 2 (côté charge)
B 3
C 4
D Aucun si sol béton
💡 Les 4 stabilisateurs doivent être déployés et posés sur plaques d'appui avant tout levage.
Chapitre 3
Diagramme de charges et calcul du moment de renversement

Lecture du diagramme de charges

Le diagramme de charges est le document de référence absolu du grutier. Il indique, pour chaque configuration de la grue (longueur de flèche, angle, contrepoids, stabilisateurs déployés ou non), la charge maximale admissible en fonction de la portée.

  • Axe des abscisses (horizontal) : portée en mètres (distance horizontale entre l'axe de rotation et le centre de la charge)
  • Axe des ordonnées (vertical) : capacité de levage admissible en tonnes
  • Chaque courbe correspond à une configuration précise (longueur de flèche, type de montage)
  • Les valeurs sont données pour un terrain horizontal et une grue parfaitement de niveau
Le diagramme est établi pour des conditions idéales. Par vent fort (> 45 km/h), sur terrain en pente, ou avec flèchette montée, les capacités sont réduites selon les préconisations du constructeur. Ne jamais extrapoler entre deux courbes.

Calcul du moment de renversement

MOMENT DE RENVERSEMENT (t.m) = Charge (t) × Portée (m) Exemple : 8 t soulevées à 12 m de portée → Moment = 8 × 12 = 96 t.m COEFFICIENT DE SÉCURITÉ obligatoire = 1,25 → Capacité max admissible = Charge de renversement ÷ 1,25 → La charge de renversement théorique est toujours supérieure d'au moins 25 % à la capacité indiquée dans le diagramme.

Le LMR (Limiteur de Moment de Renversement) surveille en permanence que le moment réel ne dépasse pas la limite. Il bloque automatiquement les mouvements aggravants (déploiement de flèche, pivotement vers zone surchargée) en cas de dépassement du seuil d'alarme.

Influence du contrepoids et de l'angle de flèche

L'augmentation du contrepoids permet d'augmenter les capacités à grande portée mais alourdit la machine (pression au sol plus élevée). La diminution de l'angle de flèche (flèche plus horizontale) augmente la portée mais diminue la capacité admissible — la charge suspendue exerce un bras de levier plus grand.

Tableau simplifié des charges — flèche 20 m, stabilisateurs déployés

PortéeCapacité indicativeMoment (t.m)Observation
5 m20,0 t100 t.mZone maximale — vérifier sol
10 m12,0 t120 t.mPortée courante
15 m6,5 t97,5 t.mAttention vent
20 m3,5 t70 t.mPortée maximale — charges réduites
Ces valeurs sont indicatives et à titre pédagogique uniquement. Toujours se référer au diagramme officiel fourni par le constructeur de la grue utilisée, disponible dans la cabine ou le registre de la machine.

Exercice de lecture — Cas pratique

Situation : Vous devez soulever une charge de 5 t à une portée de 14 m avec une flèche de 20 m. Stabilisateurs déployés. Vent faible.

Démarche :

  1. Calculer le moment : 5 t × 14 m = 70 t.m
  2. Consulter le diagramme, courbe "flèche 20 m, stabilisateurs déployés"
  3. Lire la capacité à 14 m de portée (entre 6,5 t à 15 m et 12 t à 10 m → environ 8,5 t selon courbe)
  4. 5 t < 8,5 t : levage autorisé. Vérifier quand même la portance du sol et les élingues.

Correction : Le levage est possible. Le LMR doit être armé et fonctionnel avant de procéder.

✏️ Quiz — Chapitre 3 : Diagramme de charges 3 questions
1 Le moment de renversement se calcule par ?
A Charge + Portée
B Charge × Portée
C Charge ÷ Portée
D Portée² × Charge
💡 Moment = Charge (t) × Portée (m) = résultat en tonnes-mètres (tm).
2 Augmenter la portée de 10 m à 20 m sur une même grue, c'est ?
A Doubler la capacité
B Réduire la capacité de moitié environ
C Ne pas changer la capacité
D Augmenter la capacité
💡 La courbe du diagramme montre la réduction progressive de la capacité avec la portée.
3 Le coefficient de sécurité réglementaire appliqué à la charge de renversement est de ?
A 1,1
B 1,25
C 1,5
D 2,0
💡 La capacité admissible = charge de renversement ÷ 1,25 (coefficient réglementaire).
Chapitre 4
Stabilisation et préparation au levage

Sondage et analyse de la portance du sol

Avant toute installation, évaluer la portance du sol sous les stabilisateurs. Un rapport géotechnique est obligatoire pour les opérations complexes ou sur terrains inconnus. Sur les chantiers courants, interroger le chef de chantier et consulter les plans de réseaux enterrés (risque d'effondrement sur cavité ou tranchée non remblayée).

Type de solPortance indicativePrécautions
Béton armé / dallage200 à 500 kN/m²Vérifier l'état du dallage, présence de vides dessous
Sol compacté / grave100 à 150 kN/m²Plaques d'appui recommandées
Sol naturel argileux60 à 100 kN/m²Plaques d'appui obligatoires, vérifier humidité
Sol meuble / remblai30 à 60 kN/m²Platelage bois + sondage impératif
Sol saturé / boueux< 30 kN/m²Renforcement spécial requis ou déplacement du point de levage

Déploiement des stabilisateurs et plaques d'appui

Les plaques d'appui (platelages en acier ou en bois lamellé-collé) sont obligatoires dès que le sol n'est pas du béton armé de bonne qualité. Elles répartissent la charge ponctuelle du patin sur une surface plus grande, réduisant ainsi la pression au sol.

PRESSION AU SOL (kN/m²) = Force appliquée par le patin (kN) ÷ Surface de la plaque (m²) Exemple : patin supportant 150 kN sur une plaque 1 m × 1 m → Pression = 150 kN ÷ 1 m² = 150 kN/m² → Compatible avec sol compacté (100-150 kN/m²) mais limite atteinte. → Doubler la surface (2 m²) : pression = 75 kN/m² — marge de sécurité correcte.

Procédure de déploiement des stabilisateurs

  1. Positionner la grue sur l'emplacement retenu, moteur tournant, direction centrée
  2. Déposer les plaques d'appui sous chaque emplacement de patin
  3. Déployer les bras de stabilisateur latéralement au maximum autorisé
  4. Descendre les 4 patins hydrauliquement jusqu'au contact avec les plaques
  5. Continuer jusqu'à soulèvement complet du châssis et déchargement des pneus
  6. Vérifier le niveau à bulle intégré — bulle parfaitement centrée obligatoire
  7. Contrôler visuellement chaque patin : aucun affaissement, sol stable
DANGER — Ne jamais effectuer un levage si la grue présente un dévers supérieur à 1 % (valeur constructeur). Un dévers de 2° peut réduire la capacité admissible de 15 à 20 % et provoquer un renversement latéral non anticipé par le LMR.

Plan de levage obligatoire

Un plan de levage est obligatoire pour :

  • Toute charge supérieure à 1 tonne
  • Opérations en limite de charge du diagramme (> 75 % de la CMU)
  • Levages en tandem (deux grues simultanément)
  • Présence de lignes électriques aériennes à proximité
  • Visibilité réduite sur la charge pendant le levage

Le plan de levage précise : configuration de la grue, portée, angle, hauteur de levée, masse de la charge, configuration du harnachement, positionnement du signaleur, balisage.

Vérification de la zone de levage

  • Absence de personnes dans le périmètre de sécurité
  • Obstacles à la trajectoire de la charge (poteaux, toiture, câbles aériens)
  • Lignes électriques : distance minimale 3 m (< 50 kV) / 5 m (50-250 kV) / 8 m (> 250 kV)
  • Balisage du périmètre : rayon minimum = hauteur de levée + portée maximale de la flèche
✏️ Quiz — Chapitre 4 : Stabilisation et préparation 3 questions
1 La portance typique d'un sol bétonné est de ?
A 30–60 kN/m²
B 100–150 kN/m²
C 200–500 kN/m²
D 1 000 kN/m²
💡 Sol béton : 200–500. Sol compacté : 100–150. Sol meuble : 30–60 kN/m².
2 Le plan de levage est obligatoire pour des charges supérieures à ?
A 500 kg
B 1 tonne
C 5 tonnes
D 10 tonnes
💡 Plan de levage obligatoire au-delà de 1 tonne ou pour opérations complexes.
3 Les plaques d'appui sous les stabilisateurs servent principalement à ?
A Protéger le sol
B Répartir la pression et augmenter la portance effective
C Empêcher le glissement
D Aucune de ces réponses
💡 La pression au sol = Force totale ÷ Surface des plaques.
Chapitre 5
Élingage et opérations de levage

CMU des accessoires d'élingage

La CMU (Charge Maximale d'Utilisation) doit être marquée sur chaque accessoire d'élingage (élingue, manille, palonnier, anneau de levage). Elle ne doit jamais être dépassée. La CMU tient compte du facteur de sécurité réglementaire déjà intégré par le fabricant — il est interdit de la majorer par un quelconque argument de circonstance.

Types d'élingues et normes applicables

TypeNormeAvantagesMise hors service si…
Élingues textiles (sangles)EN 1492-1 / EN 1492-2Douces pour surfaces fragiles, légèresCoupure, brûlure, déchirure, marquage illisible
Élingues câblesEN 13414-1Robustes, résistantes à la chaleur modérée> 10 % fils cassés, déformation, corrosion
Élingues chaînesEN 818-4Grande durabilité, résistance au chocAllongement > 5 %, maillon tordu ou fissuré

Calcul de la tension dans les brins selon l'angle d'élingage

Lorsque deux brins d'élingue sont utilisés en V, la tension dans chaque brin est supérieure à la moitié du poids de la charge, et augmente avec l'angle entre les brins.

TENSION PAR BRIN = (Masse charge ÷ Nombre de brins) × Facteur angulaire Angle entre les deux brins → Facteur multiplicateur : 0° (brins parallèles) → 1,00 60° → 1,00 (sin 60° ≈ 0,87 ; facteur ≈ 1,15 selon mode calcul) 90° → 1,41 120° → 2,00 ← DANGEREUX — à éviter absolument 150° → 3,86 ← INTERDIT en pratique Règle pratique : ne jamais dépasser 60° entre brins (120° en ouverture totale).
Un angle d'ouverture de 120° entre les deux brins double la tension dans chaque brin. Une élingue de 2 t de CMU ne peut plus que supporter 1 t de charge utile dans cette configuration. De nombreux accidents mortels sont liés au dépassement de la CMU par effet angulaire.

Inspection des élingues avant utilisation

  • Vérifier le marquage CE et la CMU lisibles sur le label cousu ou la plaquette
  • Inspecter sur toute la longueur : coupures, torsions, nœuds, brûlures thermiques ou chimiques
  • Pour les chaînes : maillon allongé, déformé, fissuré ou corrodé → mise hors service immédiate
  • Pour les câbles : torons rompus, écrasement, nœud → mise hors service immédiate
  • Pour les manilles : écrou manquant ou non sécurisé (goupille, fil d'acier)

Signaux manuels normalisés (NF EN 13157)

OrdreSignal du chef de manœuvre
Lever la chargeBras tendu, index pointé vers le haut, rotation circulaire du poignet
Descendre la chargeBras tendu, index pointé vers le bas, rotation circulaire du poignet
Stop — arrêt immédiatBras tendus horizontalement, paumes vers le bas, mouvements latéraux rapides
Avancer / reculer (translation)Bras tendu dans la direction souhaitée, mouvement de la main
Pivoter la flècheBras tendu, poing fermé, mouvement circulaire horizontal
Allonger la flècheDeux mains dos à dos écartées latéralement
Rentrer la flècheDeux mains paumes face à face se rapprochant
Un seul chef de manœuvre communique avec le grutier à la fois. En cas de perte de contact visuel, le grutier s'arrête immédiatement et attend un signal de reprise. La communication radio (talkie-walkie) peut compléter mais ne remplace pas les signaux normalisés pour les ordres de base.

Procédure de levage sécurisée

  1. Vérification pré-levage : élingues, point d'ancrage, balisage, LMR armé, absence de personnes sous la charge
  2. Mise en tension lente : monter doucement jusqu'à tension des élingues sans encore soulever
  3. Décollage à 20 cm : arrêter à 20 cm du sol, vérifier l'équilibre de la charge et l'état des élingues
  4. Montée lente : jusqu'à la hauteur de dégagement des obstacles
  5. Translation et pivotement : mouvements coordonnés, vitesse adaptée, pas de à-coups
  6. Descente lente : poser délicatement, vérifier que la charge est stable avant de détendre les élingues
  7. Crochet relevé : après élingage, remonter le crochet à hauteur sécurisée avant tout déplacement
INTERDIT — Stationner ou circuler sous une charge suspendue. Cette interdiction s'applique à toute personne, y compris l'élingueur et le chef de manœuvre, sauf opérations spécifiques prévues au plan de levage avec protections adaptées.
✏️ Quiz — Chapitre 5 : Élingage et levage 3 questions
1 La norme des élingues textiles est ?
A EN 818
B EN 13414
C EN 1492
D EN 13157
💡 EN 1492 = élingues textiles. EN 818 = chaînes. EN 13414 = câbles.
2 À un angle de 120° entre les brins d'élingage, le facteur de charge est de ?
A 1,00
B 0,87
C 0,50 (facteur 2 sur chaque brin)
D 0,25
💡 0° = 1,00 ; 90° = 1,41 ; 120° = 2,00 sur chaque brin (capacité réduite de moitié). Éviter les angles > 90°.
3 Il est interdit de stationner sous une charge suspendue car ?
A La charge peut osciller légèrement
B En cas de rupture ou décrochage, la chute est mortelle
C Cela gêne la visibilité du grutier
D C'est interdit uniquement en intérieur
💡 Interdiction absolue : zone sous charge = zone d'exclusion.
Chapitre 6
Vérifications, VGP et réglementation

Vérifications quotidiennes avant prise en main

Avant chaque prise de poste, le grutier effectue une vérification visuelle et fonctionnelle complète :

ÉlémentVérificationAction si anomalie
Niveaux (huile moteur, hydraulique, eau)Jauges — niveaux correctsAppoint ou signalement maintenance
Câble de levageAbsence de torons rompus, enroulement correct sur tambourMise hors service, remplacement
Crochet et linguet de sécuritéLinguet ferme, pas de fissure, CMU lisibleMise hors service immédiate
StabilisateursVérin sans fuite, patins non déformés, plaques d'appui présentesSignalement, ne pas utiliser
Commandes cabineFonctionnement de tous les leviers, arrêt d'urgenceNe pas mettre en service
LMR et anémomètreAuto-test au démarrage, affichage cohérentIntervention technicien obligatoire
Éclairage et avertisseur sonoreFonctionnelsRéparer avant utilisation

VGP — Vérification Générale Périodique

La VGP des grues mobiles est imposée tous les 6 mois (et non annuellement) par l'arrêté du 1er mars 2004 et le Code du travail (R. 4323-23 et suivants). Elle est réalisée par un organisme agréé ou un expert habilité indépendant. Son rapport est conservé dans le registre de la machine et présenté à tout contrôle de l'Inspection du travail.

Fréquence VGP grues mobiles : tous les 6 mois CACES conducteur : validité 5 ans Autorisation de conduite : délivrée par l'employeur, durée libre (mais révisable)

Anémomètre et gestion du vent

L'anémomètre est obligatoire sur les grues à grande hauteur. Les seuils réglementaires de référence sont :

  • Vent > 45 km/h : réduction des charges, prudence accrue pour les levages de charges à grand maître-couple (panneaux, containers)
  • Vent > 72 km/h (force 8 Beaufort) : arrêt obligatoire de toute opération de levage
  • Mise en girouette : en fin de journée, week-end ou lors de vent fort prolongé, la flèche est libérée pour s'orienter librement face au vent, réduisant les efforts sur la structure

Répartition des responsabilités

ActeurResponsabilités principales
EmployeurOrganiser les VGP, délivrer les autorisations de conduite, former le personnel, tenir le registre de sécurité
Chef de manœuvreRédiger et valider le plan de levage, coordonner élingueur et grutier, s'assurer du balisage
GrutierVérifications quotidiennes, conduite selon diagramme, refus de tout levage dangereux
ÉlingueurChoix et inspection des élingues, élingage correct, signaux au grutier

Accidents fréquents — causes et prévention

  • Renversement de grue : mauvaise stabilisation (sol insuffisant, patins non déployés), dépassement du diagramme, vent non pris en compte → plan de levage, sondage du sol, LMR fonctionnel
  • Rupture de câble : câble endommagé non remplacé, surcharge → inspection quotidienne, respect strict de la CMU
  • Heurt de personne : présence sous la charge ou dans la zone de rotation → balisage strict, chef de manœuvre désigné
  • Contact ligne électrique : approche trop proche d'une ligne aérienne → distances de sécurité respectées, demande de consignation si nécessaire
Tout grutier peut et doit refuser d'effectuer un levage qu'il juge dangereux. Ce droit de retrait est garanti par le Code du travail (L. 4131-1). Le refus motivé doit être signalé au chef de chantier et consigné si possible par écrit.
✏️ Quiz — Chapitre 6 : VGP et responsabilités 3 questions
1 La vitesse de vent maximale pour utiliser une grue mobile en levage courant est de ?
A 45 km/h
B 72 km/h
C 90 km/h
D 120 km/h
💡 45 km/h pour levage précis ; 72 km/h (force 8) = arrêt obligatoire de toute opération de levage.
2 La mise en girouette d'une grue consiste à ?
A Arrêter le moteur
B Bloquer la rotation
C Laisser la flèche s'orienter librement dans le vent
D Rétracter la flèche
💡 La girouette protège la grue des rafales en permettant à la flèche de pivoter librement.
3 En cas d'accident avec une grue, qui est responsable en premier lieu ?
A Le fabricant
B L'organisateur du chantier et l'employeur
C L'élingueur
D La préfecture
💡 L'employeur répond de la faute inexcusable si les règles de sécurité n'ont pas été respectées.
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